Ce qui est le plus difficile en couture

 
Robe verte
 

Non, ce n’est pas de poser une fermeture éclair invisible ou d’ajuster les manches pour un tomber parfait (même si, il faut être honnête, ce n’est pas si facile non plus). Non, ce qui est le plus difficile, c’est de faire face à notre critique intérieur. Il est redoutable. Il est cruel. Il est intransigeant et ne nous passe rien. Rien n’est jamais assez bien à ses yeux.

Toujours déçue!

Je vais être sincère : malgré mon expérience, quand je termine une pièce, au moment où je la termine, je ne suis jamais totalement satisfaite. Je suis toujours déçue. . La réalité me déçoit toujours par rapport à ce que j’avais imaginé. Plus souvent qu’à mon tour, je dois me retenir de jeter ma réalisation à la poubelle. Je me sens même parfois dégoûtée, prête à tout abandonner et à penser que “décidément c’est trop compliqué, je n’y arriverai jamais”.

Persévérer

Et pourtant, je continue. Je continue parce que le plus souvent je me réconcilie avec ma pièce. Parce que même si elle n’est pas parfaite, elle me va bien. Parce que, passés les premiers feux de cette critique sans pitié, je la regarde avec d’autres yeux. Plus constructifs, plus curieux, plus du genre : “Ok, qu’ai-je appris? Qu’est-ce que je ferais de différent? Est-ce que je peux changer quelques choses, modifier un détail? Et si j’ajoutais une ceinture, raccourcissais l’ourlet de quelques centimètres….” Je vais au delà des critiques et j’apprends. Et puis j’aime ça. J’aime infiniment cela. Et puis j’apprends.

Picasso et l’esprit critique

La couture, comme toute activité artistique ou sportive, entraîne en nous cette capacité à affronter cet esprit critique. Picasso a peint son oeuvre non pas parce qu’il avait un esprit critique peu actif, mais parce qu’il avait appris à peindre malgré son esprit critique.

Cet apprentissage peut marquer un tournant dans notre vie personnelle.

Apprendre à remarquer l’esprit critique en soi et, tranquillement, continuer, ne pas être bloqué par lui. La pratique de la couture peut nous permettre de pratiquer cela.

“Ok, ce que je fais n’est pas parfait. Ok, je ne sais pas comment m’y prendre. Ok, j’ai fait de mauvais choix. Et c’est ok. C’est la vie. Je ne suis pas sensée tout savoir, j’apprends, j’évolue, je me trompe, je recommence”. Cela peut avoir l’air de rien, mais en réalité, nous apprenons alors ce qu’il y a de plus important dans la vie : à persévérer, à être bienveillant, à être résilient. Coudre pourrait être entraîner sa tolérance : imparfait et suffisant. En pratiquant cette résistance face à nos tendances perfectionniste, on exerce la bienveillance envers soi et envers tout ce qui ne semble pas à la hauteur de notre idéal. Et qui sait? Peut-être pourrait-on alors s’aimer davantage? Imparfaite et pourtant suffisante?