Coudre sa propre garde-robe? Comment se lancer?

 
ACS_1790.jpeg
 

Ainsi, je me suis lancée dans l'aventure de me construire ma propre garde-robe. Tout a commencé il y a une année après avoir pris un peu de poids et quelques séances de shopping désastreuses. Je suis coutumière des décisions un peu spectaculaires : je ne trouve rien qui me va dans le commerce, je couds ma garde-robe. Autant dire que je suis coutumière des solutions qui posent plus de questions qu'elles n'en résolvent! 

Parce que se coudre une garde-robe n'est pas une simple affaire. Coudre demande des connaissances techniques qui me font souvent défaut, mais plus encore : trouver le bon patron, le bon tissu,  la bonne taille. Et puis, encore : que coudre, par quoi commencer? 

J'ai commencé - j'ai rarement de la peine à commencer. C'est quand il s'agit de poursuivre que ça se complique un peu, quand il s'agit de faire face aux premières difficultés. Et je vous jure qu'il y en a pas mal dans un projet tel que celui-ci. 
 

Je n'ai pas une formation académique qui me permette d'aborder un projet comme celui-ci calmement et méthodiquement. Je suis une couturière enthousiaste, chaotique et compulsive, j'ai tout à apprendre. Après plusieurs mois dans mon projet, j'ai beaucoup appris :

  • Temps et implication: C'est un projet qui en demande beaucoup. Il ne faut pas le négliger. Ca ne sert à rien de vouloir courir un marathon si sortir de chez soi est déjà un challenge. Il faut savoir qu'un tel projet demande de l'engagement, de la consistance et de la persévérance. Donc du temps! Cela dit, l'insouciance du débutant est votre chance. Comme avec tout début, ne pas savoir permet de se lancer...

  • Droit à l'erreur: inutile d'attendre de soi de tout On doit se donner le droit à l'erreur, parce qu'il y en aura beaucoup. 

  • Carnet de couture:je pense qu'il est important de documenter son projet, noter ce qu'on a appris, ce qu'on ferait différemment, quel tissu on a utilisé, quel patron. On a l'impression qu'on se souviendra de tout, mais on oublie à peu près tout, croyez-moi. Cette étape appelée "itération" est indispensable pour apprendre et se corriger. ET c'est une étape que notre esprit cherche à éviter, donc y veiller particulièrement et ne pas négocier. L'idée est d'acquérir ou de se fabriquer soi-même un carnet de couture tel que celui-ci. (mieux, faire une page à télécharger en bonus)

  • Planifier : s'il y a une autre chose que l'esprit cherche bien souvent à éviter, c'est la planification. Je crois que je pourrais écrire un livre sur les choses que l'esprit cherche à ne pas faire alors qu'elles sont indispensables et sur celles vers lesquelles il s'évertue à nous amener encore et encore. La planification, même si elle peut sembler intimidante, n'a pas besoin d'être compliquée. On peut la complexifier à loisir, mais on peut la garder très simple aussi. Avoir une "file d'attente" de projets est beaucoup plus que juste une file d'attente. Cette méthode permet naturellement au processus d'incubation de se mettre en route. "Il y a cette robe que j'aimerais faire, est-ce le bon tissu, est-ce tombé que j'aimerais, que pourrais-je modifier pour obtenir ce résultat...." Ces questions tournent quelque part dans notre inconscient alors que nous sommes occupés au projet actuel. Ca évite d'avoir trop la tête dans le guidon et faire pour faire, sans laisser un peu d'espace autour de tout cela. 

  • Commencer par le tissu : le tissu est au cœur du processus. Ca peut paraître évident, mais ça ne l'est pas forcément au début. Ce n'est qu'après avoir tenté plusieurs robes dans des tissus soit trop épais ou au contraire trop fins, que j'ai compris que je devais apprendre à connaître mes tissus pour pouvoir progresser. A un certain point, j'ai pensé que tout commençait avec le tissu. Ça reste souvent vrai : j'achète un tissu qui me plaît, qui me semble avoir un bon tombé, une jolie tenue, je l'épingle à mon mannequin dans mon atelier et je le regarde, jusqu'à ce que le matching tissus/patron/modèle se fasse. Ça peut aller très vite ou ça peut prendre un peu de temps. Quelque chose au fond de moi, à un moment sait qu'il a trouvé. C'est comme un fil intérieur qu'il faut suivre et dénouer. On sait tellement plus de choses qu'on ne croit. 

  • Se limiter à un ou deux patrons de base : Je privilégie un ou deux patrons, quitte à n'avoir des robes que d'un seul modèle, la variété étant amenée par les matières, par les tissus. Je préfère cela et connaître à fond un modèle qui me va, plutôt que de recommencer à chaque fois de zéro et tourner en rond avec un nouveau modèle. C'est comme trouver le fond dans un cours d'eau. Ça permet d'avancer et de construire. Pour ma première série de robe, j'ai adoré la robe Washi de Rae. C'est une merveille de robe qui fonctionne très bien. Je peux la faire en un après-midi, presque les yeux fermés. C'est très satisfaisant. J'avais besoin d'une garde-robe fonctionnelle assez rapidement et cette tactique m'a permis d'y parvenir. Par la suite, je pourrai prendre le temps d'imaginer d'autre chose, mais ça a été une bonne façon de commencer. 

  • Choix de sa palette: le grand avantage de la couture est une plus grande maîtrise de sa palette de couleurs. Même si la filière textile se calque elle aussi sur les couleurs à la mode, il y a un peu plus de variété que dans le prêt-à-porter. 

  • Se méfier de son esprit critique : ce thème se rapproche du droit à l'erreur. Dans l'idée de se coudre soi-même ses vêtements, on fait face à une double difficulté :  regarder vraiment son corps (mensuration, essayages, retouches), trouver ce qui nous va, le créer soi-même (choix de la coupe et du tissus, techniques). Ca demande de s'assumer à triple titre : j'ai fait ce choix, c'est moi qui l'ai fait, je le porte. Ca fait un peu beaucoup et notre esprit critique intérieur a de quoi s'agiter et il ne s'en prive pas. Ca demande donc de savoir négocier avec cette part-là en soi, d'agir malgré les critiques intérieures (et peut-être bien parfois extérieures) et de doucement s'affirmer. On peut se sentir vulnérable, parce que c'est une forme d'affirmation de soi. Apprendre à apprivoiser ce sentiment : c'est peut-être imparfait, mais c'est moi. 

  • Reconnaître quand on a réussi!Ce n'est pas une blague, je vous jure que ce n'est pas si facile qu'il n'y paraît. C'est ici que se révèle l'importance de la planification. Sans planification, vous ne saurez jamais véritablement quand vous aurez atteint l'objectif flou et vague de votre esprit. Il y aura toujours "une robe de plus, un petit pull de cette couleur qui manque..." Reconnaître qu'on a atteint son objectif est vital pour ne pas se décourager et avoir ce sentiment de satisfaction et d'accomplissement qui vous donne envie de continuer.

 

Je suis en train de coudre ma garde-robe pour ce printemps/été. J'ai une palette, une grosse envie de robe, trois patrons que je vais décliner à l'infini et quelques autres idées comme des t-shirts de couleur à superposer. J'aimerais trouver une petite veste en jeans et des colliers-sautoir pour amener des superpositions. Je partage sur Instagram la plupart de mes réalisations, mais je vous proposerai un billet là autour. Et vous? Tentée par une garde-robe maison?

 

A bientôt, Mireille