Couture et état d'esprit

 
Couture et état d'esprit
 

Au moment où je commence d’écrire cet article, je sais qu’il sera important pour moi. Pas facile, mais important.

“C’est l’histoire de ma vie”

Je cousais dernièrement avec une amie et, à un moment, comme cela arrive tout le temps, elle réalise qu’elle a fait une erreur et qu’elle doit découdre une longue couture. “Ca m’énerve, c’est l’histoire de ma vie : je suis incapable de réussir quelque chose du premier coup!” J’ai pensé : là réside tout le problème de la couture en réalité. Non pas tant dans “comment poser un biais, monter un pantalon ou une fermeture éclair”, mais bien dans la frustration qui va avec tout apprentissage.

Adulte, il arrive qu’on oublie ce que c’est que d’apprendre. Tout devrait aller de soi. Ou si ça ne va pas de soi, c’est que ce n’est pas pour soi. Trop dur. Trop de frustrations. Trop de choses à apprendre. Pas le temps.

Si je rêve ici de démocratiser la couture, de la rendre accessible et pédagogique, il n’en reste pas moins que la couture n’en est pas facile pour autant. Mais ce n’est pas parce que ce n’est pas facile qu’il faut passer son chemin et renoncer. Ce n’est pas facile, mais c’est excitant! Et puis, quel est l’intérêt de ne faire que des choses faciles.

Apprendre

Carole Dweck a parlé de ce phénomène en parlant des blocages à l’apprentissage. Souvent, quand nous n’arrivons pas à faire quelque chose, nous nous bloquons, comme si nous étions défaillants, alors que la seule question à se poser à ce moment-là devrait être :

Qu’ai-je apprendre?

Sérieusement! C’est souvent aussi simple que ça. On s’arrête. On se pose la question. On googlise les questions qui viennent. On progresse. Sans en rajouter sur notre incapacité fondamentale et notre défaillance essentielle. On cultive un état d’esprit d’apprentissage. Et franchement, je suis prête à parier que c’est notre viatique pour bien vieillir.

Radio-critique

Depuis que je pratique intensivement la créativité sous toutes ses formes, je me suis passionnée pour ce sujet de l’esprit. J’ai même écrit un livre dans lequel je lui fais une large place. Je sais que c’est notre pire ennemi : cette voix à l’intérieur de notre tête qui commente, critique, juge, évalue tout ce que l’on est ou ce que l’on fait. Je l’appelle “radio-critique”. Vous la connaissez vous aussi! Je le sais, parce que nous, humains, sommes tous câblés de la même manière. La différence est que nous en sommes plus ou moins conscients.

La mauvaise nouvelle est que quand on crée, cette voix dans notre tête peut devenir plus forte.

La bonne nouvelle, c’est que, à force de continuer à créer, on apprend à travailler avec notre esprit.

Big Magic

Il y a un livre qui a changé ma vie parce qu’il a changé mon rapport à ma créativité. C’est le livre d’Elizabeth Gilbert, Big Magic. J’ai appris ensuite à créer malgré la peur (parce que oui, avec ces voix dans la tête qui vous disent “Qui es-tu pour faire ça? De toute façon, c’est nul, tu ne devrais pas? Tu auras l’air de quoi….”, je vous jure qu’on peut avoir parfois le sentiment qu’on joue sa vie et ça fiche la trouille), malgré cette radio-critique, je peux créer, je peux apprendre, je peux me tromper, je peux me planter, je peux perdre mon temps et c’est ok. J’ai appris que tout cela fait partie du processus. J’ai appris à lâcher un peu mon besoin de résultats pour goûter davantage au plaisir du processus. Parce que ça, c’est MAGIQUE!

Pour profiter du plaisir de l’apprentissage et du processus, j’ai découvert qu’un des facteurs clé est de se donner du temps! Je développerai ce point dans un article à venir. Et comme je suis intarissable sur ce sujet, vous pouvez retrouver mes articles sous la rubrique “état d’esprit”.

Ne pas croire toutes nos pensées…

En résumé, je vous encourage à ne pas croire cette voix dans votre tête qui vous dit que “tu n’y arriveras jamais et que c’est trop compliqué”, de vous poser plutôt une question autrement plus utile qui est “Qu’ai-je besoin d’apprendre” et de vous donner le temps pour tout cela! Et la couture peut presque devenir une pratique de l’esprit, non?

Bonne couture!